Le yoga comme levier thérapeutique dans la prise en charge des troubles alimentaires
C'est précisément ce que rappelle un article publié sur Psychology Today, co-écrit par Ruby Kagan et Robert T.

Nous le sentons souvent avant de le nommer: ce dialogue intérieur qui se durcit, ce regard qui scrute au lieu d'accueillir, cette voix qui exige plutôt que de soutenir. Quand une pratique censée nous rassembler avec notre corps glisse vers une nouvelle occasion de mesure et de contrôle, quelque chose déraille en silence. C'est précisément ce que rappelle un article publié sur Psychology Today, co-écrit par Ruby Kagan et Robert T. Muller, qui éclaire le rôle ambivalent du yoga face aux troubles alimentaires — un allié thérapeutique d'un côté, un terrain miné de l'autre.
Ce que la recherche commence à confirmer
Depuis 2005, les approches somatiques, celles qui replacent le corps au cœur du processus de guérison, occupent une place croissante dans la littérature scientifique. Une étude de 2020 a montré que le yoga pouvait contribuer à réduire les comportements alimentaires désordonnés tout en améliorant l'image corporelle, la régulation émotionnelle et ce que les chercheurs appellent la réincorporation: ce retour progressif vers un corps habité, pas seulement regardé. Une étude plus récente, publiée en 2025, pousse plus loin: des participantes et participants engagés dans un programme structuré ont présenté des améliorations statistiquement significatives sur les symptômes, l'appréciation du corps, la capacité à prendre soin d'eux-mêmes, l'autocompassion et la conscience intéroceptive, cette aptitude à percevoir les signaux internes du corps plutôt que de les combattre.
Carolyn Costin, fondatrice du premier centre résidentiel à avoir intégré le yoga aux soins cliniques, rappelle combien cette pratique peut être puissante pour reconnecter concrètement l'esprit, le corps et l'âme — à condition de lui laisser cette vocation.
Quand le tapis devient un nouveau champ de bataille
Le tableau serait trop simple s'il s'arrêtait là. Le yoga, comme tant de pratiques bien intentionnées, peut se retourner contre nous. Les traits fréquemment observés chez les personnes traversant des troubles alimentaires — anxiété, perfectionnisme, compulsivité — peuvent transformer une séance en un nouveau champ de comparaison. La posture devient performance, la régularité devient obsession, et la respiration censée nous ramener à nous se met, sans qu'on le voie, au service du contrôle.
L'avertissement vaut aussi pour l'écosystème du yoga lui-même. Les images de corps hyper-toniques dans des postures acrobatiques, le vocabulaire de certains cours centré sur les calories brûlées ou la quête d'une souplesse absolue peuvent réactiver des schémas néfastes plutôt que les apaiser. Comme le souligne Anita Federici, spécialiste des troubles alimentaires, ce type d'environnement peut fragiliser l'estime de soi et aggraver les symptômes. Carolyn Costin elle-même reconnaît avoir vu des personnes très investies se blesser en imitant l'enseignante, ou glisser vers le jeûne et les régimes stricts à force de chercher la performance.
Ce que nous pouvons faire, concrètement
Alors, comment dérouler notre tapis sans tomber dans ce piège? Quelques repères que nous aimons garder à portée de main, comme une modulation à intégrer à la pratique.
D'abord, nous choisir un cours qui parle d'accueil avant de parler de performance. Un enseignant qui propose des alternatives, qui laisse de la place pour les micro-pauses, qui ne valorise jamais une posture au détriment d'une autre. Si nous entendons des termes centrés sur la combustion, la transformation physique ou la discipline stricte, ce n'est probablement pas l'espace qu'il nous faut en ce moment.
Ensuite, nous observer ce qui se passe pendant et après la séance. Est-ce que nous nous sentons plus présentes, plus douces avec nous-mêmes? Ou est-ce qu'une voix critique repart de plus belle, énumérant tout ce que nous aurions pu mieux faire? Cette introspection est aussi importante que les postures elles-mêmes.
Enfin, nous rappeler qu'il n'existe pas de posture parfaite, seulement des variations à explorer selon ce que notre corps peut offrir aujourd'hui. Le tapis est un espace de retour à soi, pas une scène à performer. Et si la pratique réveille une souffrance plus profonde, le yoga gagne à être vécu en complément d'un suivi spécialisé, jamais à sa place.
L'essentiel tient parfois en une intention très simple: célébrer ce qui est, ici et maintenant, plutôt que courir après ce qui devrait être.